La rentrée donne souvent envie de remettre de l’ordre dans sa vie. Les vacances sont terminées, les rythmes reprennent, les agendas se remplissent et, avec eux, toutes ces petites choses auxquelles il faut penser. Travail, famille, maison, rendez-vous, démarches, projets personnels… En quelques jours, la sensation de devoir à nouveau tout gérer peut revenir. Pourtant, ce qui nous fatigue n’est pas toujours le nombre de choses à faire. C’est parfois le fait de ne plus savoir ce qui mérite réellement notre attention.
Lorsque tout semble important, tout finit par devenir urgent. Une tâche professionnelle se mélange à une démarche administrative, une chose à ne pas oublier pour les enfants nous revient à l’esprit pendant que nous travaillons, et une idée personnelle surgit au moment où nous essayons enfin de nous reposer. Notre esprit passe alors d’une préoccupation à une autre sans véritable hiérarchie. Nous faisons beaucoup, mais sans toujours savoir ce qui doit réellement être fait en priorité.
Tout n’a pas la même priorité
Nous avons tendance à mettre beaucoup de choses sur le même plan. Une échéance professionnelle, un rendez-vous à prendre, une lessive, un message auquel répondre ou une tâche que nous repoussons depuis quelques jours peuvent finir par occuper notre esprit avec la même intensité. Pourtant, ces choses n’ont ni la même importance, ni le même degré d’urgence.
Certaines doivent réellement être faites maintenant. D’autres sont importantes mais peuvent être programmées plus tard. Certaines sont urgentes sans être essentielles. Et certaines, enfin, ne sont peut-être même pas nécessaires. Faire ce tri permet déjà de diminuer la sensation que tout repose sur nous en même temps. Retrouver de la clarté dans ses priorités commence donc peut-être par une question simple : qu’est-ce qui mérite réellement mon attention maintenant ?
Distinguer l’urgent de l’important
L’urgence attire naturellement notre attention. Elle nous donne envie de réagir immédiatement, de répondre, de régler, de terminer. Pourtant, ce qui demande une réponse rapide n’est pas forcément ce qui a le plus de valeur. Une notification, un message ou une demande imprévue peuvent ainsi prendre beaucoup de place simplement parce qu’ils réclament une réponse immédiate.
À l’inverse, certaines choses importantes sont beaucoup moins bruyantes. Prendre du temps avec ses enfants, préserver son sommeil, avancer sur un projet qui nous tient à cœur ou simplement prendre soin de soi ne déclenche pas forcément d’alerte. Pourtant, si nous consacrons toute notre énergie à ce qui réclame immédiatement notre attention, nous risquons de laisser de côté ce qui compte réellement pour nous.
Ce qui doit être fait maintenant
Il ne s’agit pas non plus de tout remettre à plus tard au nom du lâcher-prise. Certaines choses ont effectivement besoin d’être traitées maintenant. Une échéance professionnelle, une démarche administrative, un rendez-vous à prendre ou une situation qui risque de devenir plus compliquée si elle est repoussée méritent une action.
Identifier ce qui doit être fait aujourd’hui permet justement d’éviter la procrastination. Une tâche importante que l’on garde plusieurs jours dans un coin de sa tête finit souvent par produire davantage de culpabilité que d’action. Lorsque nous savons qu’une chose doit être faite, décider de s’en occuper permet parfois de retrouver immédiatement un peu d’espace mental.
Ce qui peut attendre doit avoir sa place
À l’inverse, certaines choses sont importantes sans être immédiates. Elles ne doivent pas forcément être réalisées aujourd’hui, mais elles ne devraient pas non plus rester indéfiniment dans notre tête. C’est là qu’un petit geste peut être particulièrement utile : noter.
Une idée professionnelle qui surgit le soir, un appel à passer, une démarche à effectuer ou une tâche domestique qui nous revient soudainement à l’esprit peuvent être écrits quelque part. Et lorsque c’est possible, on peut même prévoir le moment où l’on s’en occupera. Cela permet de faire une distinction essentielle : penser à quelque chose ne signifie pas devoir s’en occuper maintenant.
Une fois la tâche notée et placée dans le temps, nous pouvons revenir à ce que nous étions en train de faire. Nous savons que nous n’avons pas oublié. Nous avons simplement décidé que ce n’était pas le moment. Cette façon de faire peut-être particulièrement utile pour retrouver une forme de présence, car elle évite d’avoir à conserver en permanence dans sa tête toutes les choses que l’on devra faire plus tard.
Et parfois, ce n’est pas utile
Prioriser suppose également d’accepter que tout ce que nous avions prévu ne mérite pas forcément d’être fait. Certaines tâches sont devenues des habitudes. Certaines obligations sont maintenues parce que nous avons toujours fonctionné ainsi. Certaines choses prennent du temps sans réellement apporter grand-chose.
Nous pouvons alors nous demander : est-ce vraiment nécessaire ? Est-ce que cela doit être fait par moi ? Est-ce que cela doit être fait maintenant ? Ces questions permettent parfois de simplifier considérablement une semaine. Renoncer à une tâche inutile n’est pas être moins organisé. C’est au contraire reconnaître que notre temps et notre énergie ne sont pas illimités.
Prioriser, c’est aussi choisir où l’on met son attention
La notion de priorité ne concerne donc pas seulement les tâches. Elle concerne également notre présence. Nous pouvons être physiquement quelque part tout en étant mentalement déjà dans l’étape suivante. Être en famille tout en pensant au travail du lendemain, travailler tout en réfléchissant à ce qu’il faudra faire à la maison, ou s’allonger quelques minutes tout en passant mentalement en revue tout ce qui reste à accomplir.
À force d’être toujours un peu ailleurs, nous pouvons finir par ne plus profiter pleinement de ce que nous sommes pourtant en train de vivre. Être dans le présent ne signifie évidemment pas ne plus penser au lendemain. Notre cerveau a besoin d’anticiper et d’organiser. Il s’agit plutôt de pouvoir se dire que certaines choses ont leur moment et que nous n’avons pas besoin de les traiter toutes en même temps.
Il y a un temps pour chaque chose
Retrouver ses priorités, c’est aussi accepter qu’une semaine ne peut pas être uniquement composée de moments où nous devons faire davantage. Il y a un temps pour travailler, un temps pour s’occuper de la maison, un temps pour la famille, un temps pour soi. Il y a également un temps pour avancer, un temps pour ralentir, un temps pour être efficace et un temps pour lâcher prise.
Nous n’avons pas besoin d’être constamment productifs pour avoir le sentiment que notre journée est utile. Le repos, lui aussi, répond à un besoin. Il ne constitue pas simplement ce qui reste lorsque tout le reste est terminé. Si nous attendons d’avoir absolument tout accompli pour nous autoriser à souffler, nous risquons de repousser indéfiniment ce moment.
Organiser les pauses autant que les moments de rush
Nous pensons spontanément à organiser les moments où nous devons faire. Nous prévoyons un rendez-vous, une réunion, une activité ou une échéance. Nous pensons beaucoup moins souvent à prévoir les moments où nous n’aurons rien à accomplir. Pourtant, une période intense est plus facile à traverser lorsqu’elle est clairement identifiée comme temporaire et qu’un retour au calme est prévu.
Le cerveau peut supporter une accélération lorsqu’il sait qu’elle ne va pas durer indéfiniment. Une journée particulièrement chargée, une semaine avec plusieurs échéances ou une période où il faut faire davantage peuvent être vécues différemment lorsqu’un temps de récupération existe ensuite. Le problème n’est donc pas nécessairement d’avoir des moments de rush, mais lorsque le rush devient notre rythme habituel, sans véritable espace de récupération.
Une semaine a besoin de plusieurs rythmes
Nous cherchons parfois à construire des semaines parfaitement équilibrées, comme si chaque journée devait contenir la même quantité de travail, de repos, de temps pour les autres et de temps pour soi. La réalité est évidemment différente. Certaines journées seront plus chargées, d’autres seront plus calmes. Il y aura des imprévus, des échéances, des moments où il faudra faire davantage et d’autres où l’on pourra ralentir.
L’équilibre ne consiste donc pas nécessairement à tout répartir de manière identique, mais à faire en sorte que toutes ces intensités aient leur place au fil de la semaine. Un peu de rush, un peu de quotidien, un peu de repos. Des moments où l’on avance beaucoup et d’autres où l’on récupère. Des temps consacrés aux autres et des temps consacrés à soi. Cette alternance permet de ne pas vivre chaque journée avec le même niveau de tension.
Se donner le droit de ne pas tout faire
Il existe enfin une difficulté plus intérieure : la culpabilité de ne pas avoir fait tout ce que nous avions prévu. Une journée peut être objectivement bien remplie et pourtant se terminer avec l’impression de ne pas en avoir fait assez. Nous pouvons alors avoir tendance à mesurer notre journée uniquement à ce que nous avons accompli, comme si chaque espace libre devait nécessairement être utilisé.
Mais avons-nous réellement besoin de fonctionner ainsi ? Une journée peut aussi avoir de la valeur parce que nous avons accordé du temps à quelqu’un, parce que nous avons pris soin de nous ou simplement parce que nous avons respecté une priorité essentielle. Ne pas avoir terminé une tâche secondaire n’annule pas tout le reste. Il est parfois plus important d’avoir donné du temps à ce qui comptait réellement que d’avoir coché une longue liste de choses à faire.
Retrouver de la clarté plutôt que chercher la perfection
Retrouver la clarté dans ses priorités ne signifie donc pas parvenir à tout contrôler. Il s’agit plutôt de pouvoir faire régulièrement le tri : qu’est-ce qui est important ? Qu’est-ce qui est urgent ? Qu’est-ce qui peut attendre ? Qu’est-ce qui n’est finalement pas utile ? Et quelle place ai-je prévue pour souffler ?
Cette clarté permet aussi de revenir plus facilement au présent. Lorsque ce qui doit être fait est identifié, lorsque ce qui peut attendre est noté et lorsque des temps de repos sont prévus, nous n’avons plus besoin de tout porter simultanément. Nous pouvons nous consacrer davantage à ce que nous sommes réellement en train de vivre.
Au fond, prioriser, ce n’est peut-être pas apprendre à faire plus. C’est apprendre à donner à chaque chose sa juste place et son juste moment. Faire maintenant ce qui doit l’être, planifier ce qui peut attendre, renoncer à ce qui n’est pas nécessaire et préserver des espaces où nous pouvons simplement être là, avec les autres ou avec nous-mêmes.
Une semaine équilibrée n’est pas une semaine dans laquelle tout est parfaitement maîtrisé. C’est une semaine dans laquelle il existe différentes intensités : des moments où l’on avance, des moments où l’on gère, des moments où l’on ralentit et des moments où l’on se repose. Retrouver la clarté dans ses priorités, c’est peut-être apprendre à lâcher-prise en acceptant que tout n’a pas besoin d’être fait maintenant et que chaque moment n’a pas besoin d’être vécu avec la même intensité.




